Un tapis d’Aubusson et un tapis de Savonnerie portent la même signature française, mais ils ne relèvent pas du même métier. Le premier est tissé à plat, sans velours. Le second est un velours noué, dense et profond. Cette différence de structure commande la restauration de tapis anciens de cette famille. Vous trouverez ici ce qui sépare ces deux techniques, les difficultés propres à chacune et les points à examiner avant toute intervention.
Ce qu’il faut retenir
- Un tapis d’Aubusson est tissé à plat en basse lisse, sans velours ni nœud.
- Un tapis de Savonnerie est un velours noué au point symétrique, à la surface dense.
- La restauration d’un tapis d’Aubusson se joue sur les relais et la reprise de trame.
- Sur une Savonnerie, la difficulté tient au raccord de hauteur de velours.
Aubusson et Savonnerie, deux techniques de tissage opposées
Le tapis d’Aubusson est un tapis tissé à plat, sans velours, réalisé sur un métier de basse lisse. La chaîne, en lin ou en coton, disparaît sous des trames de laine couvrantes. L’épaisseur dépasse rarement deux millimètres, proche de la tapisserie murale.
Le tissé plat d’Aubusson et la technique du relais
Le lissier travaille à l’envers du motif, duite après duite. Entre deux couleurs voisines naît une fente verticale appelée relais, ensuite consolidée au surjet. Ce relais constitue le premier point de fragilité de la pièce. Les hachures, dégradés obtenus par imbrication des trames, exigent de lire le geste d’origine. La tapisserie d’Aubusson est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2009.
Le velours noué de la Savonnerie
La Savonnerie repose sur un nœud symétrique monté sur chaîne de lin, dont le velours est coupé puis tondu. Fondée en 1627 dans une ancienne fabrique de savon de Chaillot, la manufacture produisait les grands décors royaux. En pratique, cette épaisseur retient les salissures en profondeur, là où un tissé plat les garde en surface. Une restauration de tapis ne suit donc jamais le même protocole d’une école à l’autre.
Les défis de la restauration d’un tapis d’Aubusson ou de Savonnerie
La restauration d’un tapis ancien consiste à réintroduire de la matière selon la technique d’origine, sans jamais recouvrir ni masquer le tissage existant. Elle se distingue d’une simple réparation par cette exigence de fidélité.
Sur un Aubusson, aucune épaisseur pour dissimuler la reprise
Le tissé plat ne pardonne aucune approximation. Sans velours pour absorber la lumière, la zone retissée se lit sous tous les angles. La restauration d’un tapis tissé à plat impose de rétablir chaîne et trame au même compte de fils, dans le même sens de torsion que l’original. Relais rompus, lisières distendues et trames coupées sont les désordres les plus fréquents. Après un dégât des eaux, laine et chaîne de coton ne réagissent pas de la même façon, d’où un retrait différentiel.
Sur une Savonnerie, la difficulté du raccord de velours
Le renouage doit respecter le compte de nœuds au décimètre carré relevé sur la pièce. Quelques dixièmes de millimètre d’écart à la tonte suffisent à créer une ombre portée visible en lumière rasante. Le feutrage des zones de passage modifie la densité apparente et complique le raccord. La fabrication de pigments sur mesure permet de retrouver la nuance d’une laine teintée à la garance, à la gaude ou à l’indigo, puis patinée par le temps.
Ce qu’il faut observer avant de confier un tapis en restauration
Avant toute intervention, l’examen porte sur quatre points : l’état des lisières, la solidité des franges et du surjet, la stabilité des teintures et la tension générale de la chaîne. Ce diagnostic détermine si la pièce relève d’un nettoyage, d’une consolidation ou d’un retissage complet.
Le test de stabilité des teintures précède tout contact avec l’eau. Les teintures végétales anciennes peuvent migrer et laisser des auréoles que rien ne rattrape. Le nettoyage d’un tapis se conduit alors à la main, à l’ancienne : une brosse rotative arrache les trames d’un tissé plat et couche définitivement le velours d’une Savonnerie.
Un dégraissage agressif retire la lanoline naturelle de la laine et rend la fibre cassante. Les recettes maison, vinaigre blanc, bicarbonate ou cristaux de soude, sont à écarter sur une pièce ancienne. Une restauration sérieuse commence par une évaluation en main, jamais par un devis à distance.
Aubusson et Savonnerie appellent deux protocoles distincts, mais une même discipline : lire la structure avant de poser le premier fil. Toute restauration de tapis ancien commence par cet examen, et les travaux menés en atelier sont couverts par une garantie de dix ans.
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